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La Révolution Cubaine, 1956-1962

La Révolution cubaine trouve ses origines au début du XX siècle. Les pays d'Amériques centrales sont alors tous sous tutelle américaine, les USA soutenant des régimes autoritaires.

Cuba ne fait pas exception, et le premier renversement a lieu en 1933, où le démocrate Ramon Grau San Martin devient président (1). Il prône une politique progressiste : droit de votes des femmes, autonomie des universités, limite du temps de travail à 48h hebdomadaire, suspension de la dette... Sans surprise, cette politique déplut aux Etats-Unis, qui aidèrent le militaire Fulgencio Batista (2) à le renverser pour mettre en place une junte militaire pro-américaine.

Batista est élu en 1940 grâce à une coalition entre différents bords politiques, dont des communistes, bien qu'il ne fit rien en faveur de ces derniers. Président de 1940 à 1944, il respecte les lois démocratiques. Il ne se représente pas en 1944, mais son candidat est battu par le retour de Grau. En revanche Cuba est gangrené par la mafia -qui collaborait étroitement avec le régime de Batista-, celle-ci à le monopole des casinos, hôtels de luxe, des jeux et de la prostitution. La corruption y est forte et la dominance économique américaine écrasante.

En 1947, le Parti Orthodoxe est fondé, il est anti-corruption, anti-impérialiste et anti-communiste (le parti communiste de l'époque ayant soutenu Batista). On retrouve dans ses rangs un jeune étudiant en droit : Fidel Castro (3). Ce dernier est un militant très actif, il participe à la tentative de renversement du dictateur dominicain Trujillo en juillet 1947 ainsi qu'aux manifestations à Bogota condamnant l'assassina du libéral de gauche Jorge Eliécer Gaitan, alors candidat à la présidence, en avril 1948.

Cette même année, c'est Carlos Prio Socarras qui devient président (4), succédant à Grau, mais des affaires de corruptions le rendent impopulaire. Batista, soutenu par la mafia (dont le chef mafieux Meyer Lansky), revient en politique et se présente en 1952, mais les sondages lui sont défavorable. Celui en tête des sondages n'est autre que Roberto Agramonte, le candidat du Parti Orthodoxe, devenu très populaire. Cela inquiète les USA et la CIA organise et soutient un coup d'Etat mené par Batista le 10 mars 1952 (5). Cette fois-ci, il renforce son pouvoir, augmente son salaire par cinq, suspend la constitution et interdit le droit de grève. Il dissout également les autres partis, dont le Parti Orthodoxe.

Aussitôt, son gouvernement est reconnu par les Etats-Unis, mais est contesté à l'intérieur même du pays. Le 26 juillet 1953, un groupe de militants armés, menés par Fidel Castro, attaquent la caserne de Moncada à Santiago de Cube. L'attaque est un échec, il est arrêté (6) avec son frère Raul Castro et est relâché deux ans plus tard, pour s'enfuir au Mexique. C'est là-bas qu'il retrouve d'autres militants anti-Batista, et notamment un combattant marxiste argentin : Ernesto Che Guevara (7 -Fidel à gauche et le Che à droite). Guevara est au Mexique après avoir quitté le Guatemala où il venait de constater l'échec du socialisme pacifique (cf https://choualbox.com/qn6dm). Le Mouvement du 26 Juillet est né.

Le 2 décembre 1956, 82 guérilleros du Mouvement du 26 Juillet, dont Fidel, Raul et le Che, débarquent à Cuba, au sud-est de l'île (8 -Raul et Fidel lors de la guérilla). Ils commencent des actions de guérilla dès le 16 janvier 1957. L'opinion se montre de plus en plus favorable envers les rebelles alors que le régime de Batista enchaîne les répressions violentes et les massacres. Voyant les rebelles gagner le centre de l'île, les américains savent que Batista ne tiendra pas, l'ambassadeur américain à la Havane, Earl Smith, annonce donc que son gouvernement a retiré son soutien à Batista le 14 décembre 1958. Quelques jours plus tard, les rebelles menés par Che Guevara prennent la ville stratégique de Santa Clara (9). Batista s'enfuit avec 40 Millions de $, laissant à la tête du pays le général Cantillo.

Les USA essayent de garder le contrôle du pays et, avec l'aide de l'ambassadeur Earl Smith, le général Cantillo tente d'organiser une junte militaire pro-américaine, allant jusqu'à proposer un poste de premier ministre à Castro s'il met fin à la Révolution. Y voyant un coup d'Etat déguisé, il refuse et appelle à la grève générale. Le pays est paralysé, la junte militaire vaincue, et Fidel Castro entre à la Havane de 9 janvier 1959, où il est acclamé par la foule (10 et 11).

Fidel Castro ne prend cependant pas la tête du pays, la présidence revient à Manuel Urrutia (12 -Che à gauche et Urrutia au centre), ce dernier nomme Cardona premier ministre. Sauf qu'Urrutia et Cardona sont des conservateurs et ne sont pas très emballés par les réformes prônés par le Mouvement du 26 Juillet. Le nouveau gouvernement se montre hostile à certaines réformes et la situation politique se retrouve bloquée durant l'année 1959. Le peuple ne voit pas le changement arriver et commence à douter, en février Fidel Castro est alors promulgué premier ministre, avant de démissionner en juillet à cause des obstructions d'Urrutia. Face à la colère du peuple, ce dernier démissionne et est remplacé par le Dr. Osvaldo Dorticos (13), qui restera président jusqu'en 1976.

Après la chute du régime de Batista, des procès publiques ont lieux, parfois suivis d'exécutions. La justice révolutionnaire est encore sujet à débat. Ces exécutions furent condamnés par le président Urrutia lui-même et des témoignages rapportent des exécutions d'innocents ou de simples opposants politiques, ce fut le cas du témoignage de Juanita Castro, sœur de Fidel, qui travaillait pour la CIA. Nombre de ces peines ont eu lieu dans la prison de la Cabana les premiers mois de 1959 (14), sous la direction de Che Guevara. Si l'existence de ces exécutions sont reconnus, leurs raisons restent controversés. Les anti-castristes dénoncent des jugements illégaux d'innocents, tandis que les observateurs de l'époque -dont celui du New York Times et du journal Le Monde- affirment que tous les condamnés sont d'anciens criminels. En effet, ils étaient d'anciens partisans de Batista, généralement des policiers du Bureau de répression des activités communistes, connus pour avoir commis des enlèvements, tortures et meurtres. Entre propagande et désinformation, il est difficile encore aujourd'hui de savoir si les quelques 600 prisonniers exécutés dans à Cabana étaient d'anciens criminels ou non.

L'ancienne armée est dissoute et est remplacée par l'armée rebelle, la mission militaire américaine qui avait formé et conseillé les troupes de Batista est expulsé. La principale force du nouveau régime est le Parti Communiste, dont Raul Castro est membre. Fidel resserre les liens et mène une politique ouvertement communiste : politique anti-corruption avec la confiscation des biens et propriétés acquises de façons frauduleuses, nationalisations de l'énergie et de l'industrie sucrière, augmentation du salaire des ouvriers, redistribution des terres, abaissement des loyers de moitié...

La discrimination raciale qui prévalaient est interdite, les biens de la mafia sont nationalisés aussi. D'ailleurs, selon Enrique Cirules, historien spécialisé de la mafia, Cuba est le seul pays où la mafia connue une telle chute.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Cuba et les Etats-Unis entretenait encore des relations après la chute de Batista. Les USA reconnaissent le gouvernement d'Urrutia et Castro rencontre même le vice président américain Richard Nixon en avril 1959 (15). Mais comme pour le Guatemala quelques années plus tôt, l'expropriation des terres de la United Fruit Company fit augmenter les tensions entre les deux pays. Le 17 mars 1960, le gouvernement Eisenhower prend la décision de renverser le gouvernement cubain. À cause de cela, les Etats-Unis cesse de livrer du pétrole à Cuba, Castro est donc contraint de se tourner vers un nouveau partenaire commercial : l'URSS.

En avril 1960, un contrat est signé, sauf que les compagnies américaines sur l'île refusent de raffiner le pétrole provenant de l'URSS. Cela entraîne la nationalisation des raffineries. En réponse, les USA interdisent l'importation du sucre cubain, ces exportations employaient 25% de la population (16). Ne pouvant plus commercer avec les Etats-Unis et conscient de l'hostilité d'Eisenhower, Fidel Castro commence à se rapprocher de Nikita Khrouchtchev, à la tête de l'URSS.

En août 1960, la CIA contacte la Cosa Nostra (mafia) à Chicago pour fomenter un coup d'Etat à Cuba, et assassiner Fidel, Raul et le Che. Si un pouvoir pro-US est rétablit à Cuba, le gouvernement américain s'engage à ce que la mafia récupère le monopole des jeux, de la prostitution et de la drogue sur l'île.

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La Révolution Cubaine, 1956-1962
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Zedix
op
Ainsi, le 15 avril 1961, des avions américains peints aux couleurs cubaines (pour faire croire à une rébellion cubaine et non à une agression américaine) décollent du Nicaragua et bombardent les bases aériennes de La Havane et Santiago. Le 17 avril, environ 1 300 hommes entraînés par la CIA au Guatemala débarquent dans la baie des cochons, à 200 km au sud de la capitale. Ils s'attendent à recevoir le soutien de la population, or les paysans sur place ont bénéficié de la réforme agraire et sont favorable à la Révolution. Rapidement, les envahisseurs sont mis en déroutent et se rendent le 19 avril 1961 (17 -corps d'un combattant ayant débarqué-, 18-prisonniers de combattants débarqués-).

Castro craint alors une intervention militaire américaine, ce qui renforce encore plus les relations entre Cuba et la Russie. Le 2 décembre 1962, à la télévision, Fidel affirme que Cuba adopte le communisme. Devenu allié de l'URSS, Cuba devient dès lors un pays ennemi des Etats-Unis qui, le 3 février 1962, proclament l'embargo total.

Pour protéger l'île d'une invasion, Khrouchtchev déclenche l'opération Anadyr : 50 000 soldats, 36 missiles nucléaires et 4 sous-marins sont envoyés à Cuba en mai 1962 (19 et 20). Cela fait échos au déploiement par les américains de missiles en Europe en novembre 1961, capable de frapper l'URSS. Le 15 octobres 1962, les USA découvrent la construction d'installation lance-missiles (21). Un blocus est mis en place autour de l'île, les sous-marins russes et navires américains s'observent et se pourchassent. Kennedy obtient la promesse d'un soutient de l'OTAN en cas de guerre contre l'URSS. Le 27 octobre, un avion espion américain U2 est abattu, sans l'accord de Khrouchtchev. Cuba est alors au cœur d'une potentielle troisième guerre mondiale, mais finalement Kennedy et Khrouchtchev finissent par négocier le retrait des missiles de Cuba en échange du retrait des missiles d'Europe, ainsi qu'une promesse de ne pas envahir l'île.

La peur d'un mouvement contre-révolutionnaire de la CIA gagna le gouvernement castriste, des camps UMAP (Unité Militaire d'Aide à la Production) sont crées en 1964 où sont envoyés les potentielles anti-révolutionnaires, ils seront fermés en 1968 après une visite de Fidel Castro. Il déclarera lui même en 2010 que c'était un « moment de grande injustice ».

Grâce au soutien de l'URSS, Cuba put néanmoins se développer malgré l'embargo américain, notamment au niveau social. Dès 1961 les universités et écoles sont nationalisés et rendues gratuites, le taux d'alphabétisation passa de 78% à 99,8% aujourd'hui (même niveau que les USA). La médecine du pays fut reconnue à travers toute l'amérique latine malgré la fuite de 6000 médecins en 1959. Le taux de mortalité infantile passa de 32% en 1957 à 10% en 1990. Un régime de sécurité social et un code du travail furent instaurés. Le sexisme devint interdit par la loi. En 1965, Cuba est le premier pays d'amérique latine à légaliser l'avortement et le rendre gratuit, il restera le seul jusqu'à ce que l'Uruguay le légalise en 2012. Les femmes obtinrent le droit de travailler ou non, d'avoir des enfants ou non, de faire des études supérieurs et virent leur espérance de vie augmenter de 61,3 ans en 1955 à 73 ans en 1990.

Le niveau de vie augmenta donc considérablement, mais face à la peur croissante de la destruction par les USA, le gouvernement se montra de plus en plus ferme, voir autoritaire par bien des aspects. La fin du rêve cubain pour beaucoup eut lieu en 1968, quand Castro soutien officiellement l'invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie, cela marqua la fin de l'indépendance politique cubaine, le pays devenant désormais un pion de plus de l'URSS (22 -Castro et Khrouchtchev en 1964). D'ailleurs c'était l'une des raisons des désaccords entre Fidel et le Che, ce dernier critiquait la politique soviétique et quitta le gouvernement en 1965.

Quand le bloc de l'Est s'effondra au début des années 1990, Cuba se retrouva isolé du reste du monde. La fin des aides de l'URSS et l'embargo US (renforcé en 1992) provoqua des pénuries et des famines. Le niveau de vie se dégrada et força le pays à se libéraliser lentement. Fidel Castro démissionna le 24 février 2008 et mourut de manière naturelle le 25 novembre 2016, après avoir échappé à 638 tentatives d'assassinats de la CIA.
Encore une putain de bonne box.
Par contre le coup des 638 tentatives, soit la CIA était vraiment composée de brêles, soit le service de sécurité cubain était surréaliste.
Zedix
op
@Daboulganiech: Merci!
Quant aux tentatives, certaines sont décrites ici: https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26/ces-638-fois-ou-la-cia-a-voulu-se-debarrasser-fidel-castro_5038675_3222.html
Faut croire que les anti-castristes étaient prêt à n'importe quoi pour avoir la peau de Castro, bon nombre des idées étaient quand même farfelues
@Zedix: ce qui m'a toujours fait marrer avec ca, c'est le coté improbable.
Quand tu regarde james bond, max la menace, ce genre de merdiers avec des plans débiles et des gadgets totalement inutiles, tu te demande comment des idées aussi absurdes ont pu arriver dans la tête des scénaristes. Et puis après tu découvre la CIA, ce qu'ils ont vraiment fait. Au final les scénaristes manquent d'inventivité.
Les Etats-uniens c'est des batards
Très bonne box. Mes connaissances sur ce sujet étaient plutôt éclatées et j ai pu faire des jointures sur certains sujets comme la United Fruit Compagny. Donc merci pour cette box.
Bravo pour cette box, ça fait un moment que je me dis qu'il faut que je relise des trucs sur le combat de Castro et du Che, la situation à Cuba à l'époque et comment les choses ont escaladées.

C'était passionnant, merci ! ;)
Zedix
op
@Martos: Merci à toi, c'est toujours encourageant de voir que ça puisse plaire :)
Entre Castro et les USA les 2 partis ont été vraiment cons, ils auraient pu s'entendre très bien comme au début de la prise de pouvoir de Castro, lui en a trop voulu en s'en prenant à des intérêts américains (alors qu'il ne voulait absolument pas se mettre du côté de l'URSS et encore moins être communiste à la base) et eux aussi en n'acceptant pas de lui faire des concessions et en voulant garder une trop grosse part du gâteau. Le résultat a été mauvais pour les 2 parties.
Zedix
op
@Bruno_Radio: C'est vrai que les deux ont pas été malin, entre les USA qui ont tout fait pour garder le contrôle de l'économie de l'île et Castro qui a été bien bourrin. Cela dit je vois mal comment les révolutionnaires auraient pu mettre en place leurs réformes sans que cela n'affecte les intérêts américains, les deux n'étaient clairement pas compatibles
@Zedix: Oui exact, mais les américains s'ils avaient été plus souples auraient pu accepter la majorité des réformes en demandant des contreparties. Ça aurait toujours été mieux pour eux que d'avoir Khrouchtchev à quelques kilomètres de leurs cotes et la crise des missiles. Et en même temps si Castro avait trouvé des compromis je ne pense pas qu'il aurait appliqué tant de réformes, une fois qu'il s'est senti lâché par les USA il est parti en roue libre.
C'est quand même dommage que les libérateurs soient devenus dictateurs par la suite


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