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Bout d'histoire

Tout était retombé comme l'air lourd après la pluie, ce jour-là. Même les bruits semblaient s'être tu, et le silence posait son gros manteau sur les épaules de notre chère héroïne. Elle avait redressé la tête qu'elle tenait entre ses mains, sans sourire. Son visage crispé était strié de ses larmes, mais ses yeux brillait d'un étonnement non feint. Elle semblait se souvenir, là, que le monde qui l'entourait y était toujours ; et même qu'il n'avait pas bougé, qu'il l'avait attendu.
Même si le monde n'attend personne, elle le sait. Mais maintenant qu'il est encore là, elle se dit que ce n'est pas pour rien. Le monde des choses reste mais passe, il se laisse toucher, il se laisse détruire, il se laisse changer, et il se laisse aimer surtout, on s'y agrippe du plus qu'on peut, même quand ça n'est pas d'amour, mais parfois on ne peut pas beaucoup, et parfois il nous échappe. Mais aujourd'hui, il avait semblé l'attendre. Son silence l'avait ramené à lui.
Son silence, et puis le bruissement du vent dans les feuilles, la mélodie doucement portée, jusqu'à ses oreilles. Même le moteur du camion poubelle ne pouvait pas complètement recouvrir, ce petit bruissement doux. Les éboueurs sont là tous les jours, ils ramassent les déchets ; la grosse benne du camion mange tout. Et puis elle tasse bien toutes les merdes au fond de son ventre puant. Elles sont si nombreuses ces bennes à quadriller Paris. Elles ont un hangar très haut de plafond, juste derrière le pâté de maison. Les hommes qui y travaillent et se réunissent tous les jours, pour prendre chacun leur camion, un petit café chaud, et réunir les gars de leur équipe, ces hommes-là sont bien courageux. Parmi eux se cachent quelques esprits fins, camouflés sous le lourd manteau des éboueurs, quand tout pue de partout, et parfois le vomi, et souvent la pourriture ; ces esprits aiguisés se faufilent, et trouvent le rire des collègues, dans l'odeur des ordures le matin. Si c'est souvent un humour crasse, depuis quelques temps, il est devenu amer. Les conditions de travail sont difficiles, ça n'étonnera personne, mais ça avait échappé à tout le monde ; et les conditions se dégradent, et les gens ne s'en sortent plus. Ils demandaient 300 euros de plus sur leur salaire les éboueurs de Lyon, de quoi avoir les coudées franches, un peu plus disons. À Paris, la loi travail avait mobilisée leurs efforts collectifs, ils s'étaient entendu pour se représenter eux-mêmes, et des amitiés sincères étaient nés. C'est le cas de Nicolas et Hadib, mais nous y reviendrons.
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