Pendant des années, j'ai pensé que le problème venait des autres. Les clients, les fournisseurs, les administrations, les collègues, les ex-compagnes...
Les gens qui promettent et ne tiennent pas, qui te demandent l'impossible puis te reprochent de ne pas l'avoir fait assez vite, qui trouvent normal que tu portes leurs problèmes sur tes épaules.
Et une partie de tout ça était vraie. Quand tu es à ton compte, tu passes ton temps à gérer les erreurs des autres : une référence fausse, une livraison qui n'arrive pas, un dossier bloqué, un chantier retardé, une administration qui te renvoie vers un service qui te renvoie vers le premier. Parfois tu as vraiment l'impression que le monde entier s'est donné rendez-vous pour te compliquer l'existence.
Pendant longtemps, j'ai cru que c'était ça qui me détruisait. Et puis j'ai compris quelque chose de moins confortable : même quand les problèmes disparaissaient, le mal-être restait.
J'étais fatigué. Pas seulement physiquement. Fatigué de devoir être fort, fiable, irréprochable. Fatigué de devoir tout gérer, tout comprendre, tout encaisser.
J'ai porté mon activité seul pendant des années. Les crises, les retards de paiement, les périodes où le téléphone ne sonnait pas assez, et celles où il sonnait beaucoup trop. Et pendant tout ce temps, j'ai cru que tenir suffisait. Qu'avancer voulait dire que tout allait bien.
En réalité, je m'épuisais lentement, et j'ai fait plusieurs burn-out, trois en 15 ans.
Alors j'ai cherché des échappatoires. La plus simple, ça a été l'alcool. Pas parce que j'aimais boire, non, mais parce que ça fonctionnait. Ou que j'avais l'impression que ça fonctionnait. Ça faisait taire le bruit pendant quelques heures : les inquiétudes, les regrets, les questions. Tout devenait un peu plus silencieux. Le problème, c'est que ce silence avait un prix, et que ce prix augmentait chaque année.
J'ai découvert un truc que beaucoup de gens ignorent : on peut être dépressif et continuer à fonctionner. Travailler, sourire, faire des blagues, réussir professionnellement. De l'extérieur, personne ne voit la différence. Les gens voient l'entreprise, les chantiers, les responsabilités. Ils ne voient pas les soirées où tu n'as envie de parler à personne, ni les réveils où tu te demandes pourquoi tu te lèves.
À un moment, j'ai commencé à regarder ma vie avec un peu plus d'honnêteté. J'ai vu un psychologue, puis un autre. Puis un médecin.
J'ai accepté de parler de choses que j'avais passé une bonne partie de ma vie à enfouir. J'ai accepté que la volonté seule ne suffisait pas toujours.
Et j'ai accepté de prendre un traitement, et de me regarder comme j'étais.
J'ai réduit l'alcool, recommencé le sport, la marche, le sommeil.
Passé plus de temps avec mon chien aussi. Ça peut paraître ridicule, mais certains jours, la seule chose qui me faisait sortir de chez moi, c'était lui. Il ne me demandait pas d'être performant, ni rentable, ni fort. Juste d'être présent. Et parfois, c'était déjà beaucoup.
Petit à petit, quelque chose a changé. Pas du jour au lendemain, pas comme dans les films, non, mais plutôt comme un brouillard qui se dissipe lentement, très lentement. J'ai recommencé à avoir des projets. À imaginer l'avenir. À me dire que les prochaines années n'étaient peut-être pas obligées de ressembler aux précédentes.
Aujourd'hui, tout n'est pas réglé. J'ai encore des mauvais jours, des moments de doute, des réflexes que j'essaie de désapprendre. Mais il y a une différence fondamentale : avant, j'avais l'impression de survivre.
Aujourd'hui, j'ai de nouveau l'impression de construire.
Pendant longtemps, j'ai cru que j'étais en train de devenir quelqu'un d'autre.
Avec le recul, je crois que j'étais surtout en train de me perdre. Et depuis quelque temps, je crois que je retrouve enfin mon chemin.
Si vous lisez cette ligne, merci de m'avoir lu.
TL;DR : Après des années à porter mon activité seul, à encaisser pour les autres et à cacher une dépression derrière le travail, et avec l'alcool pour anesthésier le reste, je commence doucement à remonter la pente. Voir un psy, réduire l'alcool, reprendre le sport, m'appuyer sur mon chien les mauvais jours. Tout n'est pas réglé, mais pour la première fois depuis longtemps, j'ai de nouveau l'impression de construire plutôt que de simplement tenir jusqu'au lendemain.
@saian @Speeder
Vous êtes de mauvaise foi, il a posté il y a 3h et aucun commentaire n'a réussi à politiser la box...


Certains réflexes sont difficiles à perdre.
En avoir conscience ne change pas tout, mais évite déjà de se voiler la face...


c'est effectivement de l'ordre du reflexe arrivé à un certains seuil... sans aide on n'arrive pas à couper
il faut deja trouver pourquoi on s'enferme
selon les diagnostics j'ai du bol, je ne suis pas addict au sens médical du terme (les fameux 5C)
je rajouterais aussi que l'entourage fait beaucoup
j'ai porté seul, je dis bien seul ce projet, alors que je vivais avec quelqu'un
traverser ce genre d'épreuve quand on est en couple mais les traverser seul, c'est vraiment pire que tout
je crois bien que le déclencheur, ca a été ça: vivre avec une femme qui me tenait responsable de mon état
je pense que ce qui est terrible aussi c'est de s'en rendre compte très tard... quand tu réalises, t'as l'impression de faire un saut a l'élastique, sans élastique, et qu on te pousse contre ton gré
Du saut à l'élastique avec du fil à coudre, car ils te convainquent que quelquechose te retiendra et que tu dois leur faire confiance, sans élastique tu ne sauterais pas...
en cela ca rejoins ce que je voulais dire, en fait tu sautes en pensant etre attaché alors qu'en fait, non
et ben bienvenue, mais vu ce que tu viens de nous apprendre, je ne pense pas que les réseaux sociaux, et encore moins choualbox soient bon pour ta santé mentale.
concentre toi sur la vraie vie, le réel, c'est bcp plus sain m'est avis. Caresse au toutou et bon retour dans la vraie vie
merci
j'aimerais bien je ne peux pas en com' je vais faire une box s'il y a de la demande ^^
Il ne me demandait pas d'être performant, ni rentable, ni fort. Juste d'être présent.
C'est le cas des vrais amies. Content que ce toutou puisse t'apporter ces moments de légèreté.
Le monde est dur mais la vie est belle. Courage
