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La Stase

J’ai peur du sommeil, et encore plus, j’ai peur du réveil. Je ne sais même pas vraiment de quoi j’ai peur. Ce n’est un réveil que si je m’endors et que je me lève. C’est plus un éveil. Une stase ineffable dans laquelle je suis, chaque matin, chaque jour. La sensation de me faire arracher a quelque chose de concret, réel, tangible, une véritable existence, un autre flux. Mourir et renaître, savoir qui je suis, où je vais, pourquoi. Chaque, putain, de matin.

Ma vie n’a rien d’une fable onirique, je suis fatigué, dépressif, heureux, rationnel, pragmatique, émotionnelle. Je suis ici, pas ailleurs. Pourtant chaque matin rien n’a de sens, et pas ce sous-entendu que la vie ne vaut pas la peine d’être vécu, mais au sens littéral du terme.

Chaque matin, je ne reconnais rien, j’ai oublié tous les codes qui forment les fondements de notre société. J’ai l’impression de réapprendre à marcher, à parler, à penser, à ressentir, chaque matin. Chaque jour. Les premiers jours, voir les premières semaines, je trouvait l’expérience ludique et intéressant, pensant que c’était passagé. Les années ont passées et j’en suis toujours au même stade, avec des stases de plus en plus fortes, de plus en plus longues, de plus en plus douloureuses. Il m’arrive même d’être dans des excès de colères totales lorsque je me “réveil”, sans savoir pourquoi, ni même après qui ou quoi. A ce moment là, comme chaque matin, je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas ce que j’aime, ce que je veux, ce qui me ferait envie, ce que je dois accomplir. J’ai peur de dormir. Ça me terrifie. Je suis fatigué, depuis des années, et je n’arrive pas à me reposer. Pas un instant. Pas une nuit ne m’est bénéfique.

Ça n’a rien à voir avec un cauchemar. Le cauchemar est un passage dans le sommeil. On le ressent. Il nous impact. Le sommeil est un passage dans ma nuit. Le cauchemar c’est moi qui l’impact. Je peux bouger les choses, parler, décider, interpréter, imaginer. Revivre des moments de mon passé, les modifiers. Ça n’a aucune structure, aucun codes, chaque nuit je tombe dedans, pensant que c’est la réalité. J’ai passé des heures, une fois réveillé, à chercher des choses, comme des lettres, des objets, des discussions que j’avais eu alors que je dormais. Je n’arrivais pas à me rendre compte que c’était faux. Aujourd’hui encore j’ai du mal à accepter qu’une grande partie d’entre eux n’existent pas réellement. Je n’arrive pas à me forcer à y croire, ça m’est impossible.

Je ne fume plus, je ne bois plus. Je ne regarde plus de films deep, ne lis plus de livres qui insufflent la tourmente, le mal être ou l’effroi, n’écoute plus de musique dérangeante ou dépressive, et pourtant j’ai l’impression que ça a encore empiré. Je suis effrayé. L’impression que ça ne s'arrêtera jamais et que ça ne va que s’aggraver avec le temps. Alors que j’écris ces lignes, mes mains sont tremblantes et ma respiration lourde. J’ai peur de tout. J’ai de plus en plus de mal à discerner le réel de l’irréel. Non pas toute la journée, mais le temps que je passe dans cette stase. Au début je m’en souciait peu, elle ne durait que quelques minutes. Maintenant ça se compte en heure. J’ai de plus en plus de mal à attribuer une valeur au chose tant tout me paraît faux et… vaporeux ?


Ce sont souvent des choses étranges, inquiétante voir effrayante qui composent mes nuits et mes songes. Je développe une forme puissante de paranoïa. Au moment où j’écris ce mot, mon colocataire vient d’ouvrir la porte, mon coeur s’est arrêté, mes yeux ont cherchés les solutions qui s’offrait à moi pour fuir ou pour attaquer. Survivre. Anéantir ou être anéanti. Une réponse primaire à une peur primaire. Je tremble encore, plusieurs minutes après. La peur est toujours là. Je me sens en insécurité totale. J’ai l’impression d’être un animal en cage. Je veux sortir. J’ai peur. Je suis effrayé.

A l’aide.
La Stase
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"Je ne regarde plus de films deep, ne lis plus de livres qui insufflent la tourmente, le mal être ou l’effroi, n’écoute plus de musique dérangeante ou dépressive, et pourtant j’ai l’impression que ça a encore empiré."
C'est drôle j'ai le même réflexe quand rien ne va, et je finis toujours par me bourrer de contenus totalement opposés de sens (blues, classique tristounet, drama/pathétique, ...) jusqu'au point de ne plus le supporter, et puis ça me redonne chaque fois un élan inespéré de courage.
iSbq
op
@Quartz: J'ai du mal à consommer du contenu opposé comme tu dis. Car je ressent que je le fais seulement car je suis dans cet état, et non par envie spontané. Ça ne fait que certifier que je suis dans le mal.

C'est comme lorsque tu prends part à une compétition et que tu arrives 4ème. Tes proches vont alors te dire "Ce n'est pas grave, tu t'es bien battu", "L'important c'est de participé", ... Pensant réconforter, alors que l'on sait tous pertinemment que l'on entend ce genre de chose que lorsque l'on a échoué. Et ça certifie le fait que l'on a échoué. Et ça a alors tout l'effet contraire sur la personne. Ça la détruit encore plus.
@iSbq: Chaque psyché a ses propres réactions, perso' le fait de regarder/lire/écouter des trucs tristes me permet souvent de relativiser, ou dans les pires moments de rage, à trouver de la joie dans la tristesse des autres (oui c'est très malsain, j'en suis conscient).
Après pour ton exemple j'ai du mal à m'y identifier car j'ai toujours trouvé la défaite bien plus motivante que la victoire. Bien que plus dure à encaisser.
De même sauf pour les colères. Mais ça m'inquiète d'autant plus, car plus le temps passe plus je suis tenté d'accepter cet état qui ne me mène concrètement qu'à une décadence sur la plan de la réussite en société.
Pourtant, j'ai le sentiment que c'est là où j'ai ma place, là où je me sens bien, et chaque jour un peu plus cette tranquille torpeur qui veut me remplacer, me faire croire que je suis ainsi et que je serais éternellement bien ainsi. Ce n'est pas que je n'ai plus de motivation. Je suis extrêmement motivé et dépense presque tout mon temps à faire ce qui me plait de faire. Ou du moins je le crois, car le renfermement provoqué m'empêche de profiter d'autres choses que j'aime autant. Et ce n'est pas que je ne suis plus motivé dans mes impératifs, apprentissages, c'est que je n'y arrive plus. J'oublie, je désapprends, je deviens complètement stupide et fermé à tout progrès dans ce qui me plait moins. Et plus j'essaye, plus ça se dégrade.

L'irréel est presque devenue le réel, et quand bien même j'en ai déjà subit les conséquences, j'ai peur qu'elles ne me touchent et ne me ressaisissent jamais.

edit : je fav' ta box pour si un jour je trouve un psy, je saurai l'expliquer aussi clairement
iSbq
op
@Polowan: "Je ne veux pas aller mieux. J'ai passé tant de temps comme ça que braver d'autres souffrances est en fait moins effrayant que l'inconnu que serait le monde sans elle. Qui suis-je sans la peur, la misère et l'anxiété?

Mes yeux se sont acclimatés à l'obscurité, c'est confortable, sans fin et étonnamment sûre. Alors quand on me présente un éclair de lumière, c’est douloureux, mes yeux brûlent, je les ferme et je retourne à un néant plus frais.

Quand je parle aux gens de ce que j'ai l'impression de faire, je me retrouve en proie à la culpabilité. Parce que soudain, c'est comme si je simulais tout et que je devenais quelqu’un en manque d’attention.

Le bonheur est inauthentique, alors je vais le rejeter;

Activement,
volontairement.
Avec intention."

Je vois bien ce que tu veux dire. Surtout sur l'apprentissage. J'ai de plus en plus de mal. Pourtant je suis loin d'être stupide ou mauvais, mais je n'y arrive plus autant qu'avant.

Le voile entre les deux flux s'amincît de jour en jour. Comme condamné à erré de plus en plus dans les affres misérables d'un problème ridicule mais grossissant.
Ca ressemble un peu à ce que Sartre décrit dans La Nausée (enfin de ce que je crois comprendre en te lisant). Tu te heurtes à l'impossibilité de trouver un sens à ton existence dans l'absolu, voire à l'existence en général, ce qui t'amène à faire plonger chacune de tes pensées ou actions dans ce qu'il appelle le Néant (voir aussi l'Etre et le Néant mais attention, ça pique grave, c'est très jargonnant). La bonne nouvelle c'est que si ton existence est complètement injustifiable, la seule façon de lui donner un sens passera nécessairement par tes propres décisions (la liberté au sens existentialiste) fut-ce arbitraire. Dans ce sens il y a quand même de l'optimisme là-dedans. Je te conseille ce livre (ou l'Etranger de Camus qui reprends les thématiques existentialistes à travers la mort), ça pourrait peut-être t'aider.

Edit: allez, quand-même, le petit tuto qui va bien si tu connais pas
iSbq
op
@tuFek: Ce qui me rassure c'est que je n'ai jamais lu La Nausée (et Sartre d'une manière générale). J'ai commencé Huis-Clos tranquillement, c'est tout. Ce qui me rassure c'est que je ne me sers pas de récits pour construire tout cela, de manière artificiel en mode héro romantique du 18eme.

Mais du coup merci pour les recommandations, je vais, je pense, essayer de le lire, ça peu peut-être m'aider à structurer certaines choses.

Je suis totalement d'accord avec l'optimisme et le positif qui se dégage de cette liberté au sens existentialiste. Et j'en profite pleinement. J'adore la vie. J'adore un tas de choses, si ce n'est tout, et je peux m'émerveiller devant un rien. Comme le vent qui joue avec un sac (.ref)...

Ces stases, cet état et ce problème général ne résume pas ma vie, et ne la régit pas. Cet état fait partie de ma vie. La dépression est une partie de moi, mais pas moi-même au complet. Elle m'influe mais ne me gouverne pas.
@iSbq: Si tu connaissais pas ces récits ça montre bien que ce type d'état mental provient sans doute d'une sorte de fondement humain susceptible de se déclencher quelle que soit l'époque ou la personne. Peut-être le fardeau universel de la forme de conscience dont le hasard de l'évolution nous a doté.

Ensuite en tant qu'humains nous sommes nous-mêmes un système complexe donc ça se saurait si on pouvait s'autodéterminer. Pas de surprise donc à ce qu'on soit plus ou moins confronté à ce genre de problématique avec plus ou moins de fréquence et/ou d'amplitude. Du coup c'est cool en tout cas si ça ne t'empêche pas de vivre, j'espère que ça sera amené à évoluer dans le bon sens.
Tu as quel âge, si je puis me permettre de demander ?
iSbq
op
@PrinceMychkine: Dis moi quels sont conclusions ou suppositions que tu veux en tirer, et je te répondrais.
@iSbq: J'ai pas de conclusion à t'apporter, je suis pas psychiatre à distance mais disons que suivant ton âge, ça change l'interprétation que l'on peut avoir. Si tu as 16ans par exemple, j'aurais tendance à penser que tu es ado très sensible mais que ce n'est pas si grave que ça.
Par contre si tu as autour de 25 ans et que tu décris vraiment ce que tu ressens sans trop tomber dans le lyrisme, c'est quand même préoccupant. Ça fait fortement penser à de la dépersonnalisation.
iSbq
op
@PrinceMychkine: 22 ans, et une certaine expérience de la vie, vis-à-vis de mon age, je suppose.
@PrinceMychkine: Pour être passé par de la dépersonnalisation, je pense que c'est différent. Enfin, pour ma part, ce que je ressens maintenant est différent de comment c'était à cette époque. Et de même quand je lis Isbq. C'est sensiblement différent, peut-être
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