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Razorbakk
644 points
11/04/2013
Quand je pense à la vieille anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary",
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie,

Quand je pense à la vieille anglaise,
J'envie les épaves englouties,
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays.

Ne m'appelez plus jamais "France".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans.
J'étais un géant, j'étais presque
Presqu'aussi fort que l'océan.

J'étais un bateau gigantesque.
J'emportais des milliers d'amants.

J'étais la France. Qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans.

Ne m'appelez plus jamais "France ".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

Quand je pense à la vieille anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary",
Je ne voudrais pas finir comme elle
Sur un quai de Californie.

Que le plus grand navire de guerre
Ait le courage de me couler,
Le cul tourné à Saint-Nazaire,
Pays breton où je suis né.

Ne m'appelez plus jamais "France".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

Médailles

Il m'explique qu'elle était certes venue pour une dépression mais également pour une tentative de suicide et qu'elle avait été transféré en psychiatrie. J'hallucine. Pourquoi ne vois-je rien sur les données informatiques ?!?
Et bien parce que les dossiers psychiatriques ne sont pas accessibles depuis les urgences. Tout simplement.

Là tout va très vite dans ma tête, et si...et si une autre tentative de suicide avait causé la chute ? Mon coeur s'accélère, la pression monte et en attendant le retour de ma patiente je sors fumer une cigarette pour mettre en place mon plan d'approche, parce que ne vous trompez pas, si je foire mon entretien avec elle, elle ne parlera pas et je serai complètement impuissant, inutile. Je roule mon mégot entre mes doigts pour faire sortir les dernières miettes de tabac et le jette dans la poubelle avant de me lancer de nouveau dans la bataille. Déterminé.

Je retrouve les deux femmes et demande à la mère de sortir pour pouvoir discuter seul à seul avec son enfant.
Le match débute et j'installe mon personnage, je ne suis pas docteur mais pas débutant non plus, je ne suis ni trop vieux ni trop jeune, je vais m'efforcer d'arborer l'image du grand frère rassurant. Nous commençons à échanger des banalités pour qu'elle soit à l'aise et j'oriente progressivement mes questions sur son bien-être, son moral et enfin sa première tentative de suicide.

Je la sens troublée mais réceptive, je me décide à poser la question qui allait tout changer.

"Quand tu as fait ta chute, avais-tu pris des médicaments pour mourir ?"

Son visage se défait instantanément et un flot de larmes inonde ses joues. Je suis déboussolé par cette souffrance presque palpable, tellement intense que j'ai envie de la prendre dans mes bras mais je me rappelle rapidement que je suis son médecin et non un proche. Elle n'arrive pas à parler et je ne comprends pas les quelques mots qu'elle arrive à prononcer. Je saisis le fait que l'idée que sa mère soit au courant de ce qu'elle pourrait dire la paralyse et la bloque, et c'est pourquoi je la prends par les épaules et lui demande de me regarder.

"Tu as ma parole d'honneur que rien de ce qui se sera dit dans cette pièce, n'arrivera aux oreilles de tes parents, je t'en fais la promesse."

Elle se calme un peu, prends de grandes inspirations et me dit droit dans les yeux avec sincérité qu’elle n’a rien fait pour se suicider ce jour là. Je la crois, cependant j’ai l’impression qu’elle ne me dit pas tout, et un doute s’insinue en moi, un horrible doute.

“As-tu réessayé de mourir après ta première tentative de suicide ?”

Elle m’annonce avoir fait deux autres essais dont un en avalant du colorant capillaire car la douleur causée par le divorce de ses parents, le fait qu’il lui demande insidieusement de prendre parti la détruisent petit à petit.
Je sens la rage m’envahir, je la temporise et essaye de la réconforter avec des mots choisis.

Et là je réalise ce qu’il se passe : Personne n’est au courant hormis moi de ces deux autres tentatives de suicide, pas le psychiatre, pas les parents. Que moi.

Je saisis la gravité de la situation et quelques minutes après je retourne à mon poste de travail et aperçois la chemise de l’IRM cérébrale avec son compte-rendu. Avant de le découvrir je croise les doigts pour qu’il soit négatif et c’est avec soulagement que mon voeu est exaucé. J’appelle ainsi le psychiatre de garde pour tout lui raconter et surtout lui demander conseil car je ne souhaite pas qu’il vienne pour ne pas rompre le lien de confiance que j’ai établi avec la petite. Il me pose des questions pour évaluer le risque suicidaire et me dit qu’il n’y a pas d’urgence absolue et que la jeune voit son thérapeute la semaine prochaine dans ses locaux. Je souffle, un peu.

Je reviens sur mes pas et décide de parler à ma patiente, avant sa mère qui patiente toujours en salle d’attente.

“J’ai de bonnes nouvelles ton IRM est normale, tout va bien. Tu peux repartir mais avant je veux que tu me fasses la promesse de ne plus jamais essayer de mourir.”
“...Je ne peux pas vous promettre ça, même si ça va en ce moment je ne le contrôle pas.”
Je m’agenouille et me mets à son niveau.
“Alors je veux que tu me fasses la promesse d’appeler les urgences si jamais tu sens que tu vas te faire du mal, nous sommes ouverts 24h/24h, il y a aura toujours quelqu’un pour t’écouter, pour parler avec toi. Tu n’es pas seule.”
Elle sourit timidement.
“D’accord je vous en fait la promesse.”

Nous rejoignons tous les deux la maman, je lui fais part des résultats de l’imagerie et prodigue quelques conseils avant de les laisser franchir le sas de l’entrée.
Ma patiente se retourne pour me sourire et j’espère sincèrement ne pas entendre parler d’elle à nouveau.

Quoi que, pour une entorse de cheville.
124 points
Le second malade a un cancer de la peau de la jambe, cancer qui s'est développé sur un ulcère. Le membre est posé sur un champ opératoire, et une espèce de pâte grise/rougeâtre émanant de la plaie est éparpillé en petit tas dessus. C'est simple, l'aspect du pus pâteux et abondant de la plaie me fait penser à de la moussaka, et il est facile d'en récupérer une bonne quantité en passant une compresse sur la plaie à vif. Je me dis que c'est définitivement dégueulasse avant de sortir de la chambre accompagné de mes collègues.
Alors que nous nous dirigions vers la 3ème chambre, le deuxième année me tape sur l'épaule, et me dit blanc comme un linge :
-"Ça va pas."
Il titube et s'effondre (par chance) sur un fauteuil roulant trainant dans le couloir. On lui apporte un verre d'eau, on l'aide à marcher jusqu'à notre salle de travail pour qu'il se repose et nous continuons la visite.

Une dizaine de patients plus tard, nous rentrons dans la dernière chambre...LA chambre.
Imaginez une dame aux alentours de 70 ans, aussi large que haute, avec le membre inférieur gauche amputé, un microcosme de mycoses vaginale, son dernier membre inférieur tellement gras que je n'arrive pas à distinguer le genou, un anus en chou-fleur et une escarre fessière de plus de 30 cms qui est si profonde que je peux toucher l'os. Ajoutez à ça l'odeur, et vous comprenez aisément que je sois sidéré par la scène.

Après 5 minutes d'apnée nous sortons de la chambre et nous nous regardons hébétés, sans un mot. Chacun rentre chez lui pour le déjeuner et sans me l'expliquer, je me surprends...à avoir faim.
114 points
Parfois les malades ont bon moral mais perdent pied à un moment à cause d'un ou plusieurs facteurs tels que la douleur, une longue hospitalisation, la fatigue etc... Ces malades là il ne faut pas les louper, dans le sens où il faut les repérer rapidement et prendre en charge leur souffrance psychologique. Un vieil homme dont je m'occupais avait plusieurs foyers de douleurs et les antalgiques prescrits n'étaient pas assez efficaces. Il y a un moment où il a craqué et m'a demandé de le tuer. J'ai discuté avec lui une dizaine de minutes et lui ai montré les photos de ses nombreux enfants et petits enfants sur son mur en lui disant de penser à eux à la moindre baisse de moral. Si il n'arrive pas à être fort pour lui, c'est son devoir de père et de grand-père d'être fort pour eux. Des larmes séchées et un grand sourire de sa part plus tard je le laisse et retourne à ma salle de travail où j'appelle de ma propre initiative le psychologue en lui demandant d'aller le voir. L'entretien finit, l'homme va bien mieux, a "envie de vivre", et est rayonnant en discutant avec ses petits-enfants.

Un changement radical physique ou psychologique peut survenir. Ainsi un grand gaillard d'1m85 pour 90 kilos, baraqué et intimidant peut prendre 20 ans dans la tronche après un lourd traitement et être très affaibli.
Un malade habituellement doux comme un agneau peut devenir agressif pour un manque de nicotine car il n'a plus la force de sortir se promener. Un autre peut donner un coup de poing à une infirmière et lui fendre la lèvre parce qu'il a mal et sait parfaitement qu'il va mourir dans le mois.

Chaque malade est différent, il est indispensable d'adapter sa thérapeutique et de construire un climat de confiance via la relation essentielle médecin/patient.

On ne soigne pas des maladies mais des patients.
114 points
@BobyLapointe: Yep, le virement sera fait via les Comptes Premiums !
108 points
@Sitoirien: "L'important c'est de participer."
138 points
Nous arrivons au scanner, le mettons sur la table et je suis affolé par ses constantes vitales s'altérant considérablement. Il respire de moins en moins bien et je suis juste à côté du sac de réanimation, près à m'en servir. A ce moment l'interne réalise qu'elle ne lui a pas posé de sonde naso gastrique alors que ce patient était endormi depuis la veille, ce qui est une erreur médicale. Je m'explique, inconscient, les mécanismes corporels empêchant les fausses routes (nourriture, eau, vomis etc... allant dans les voies respiratoires) ne sont plus actifs, ainsi que les mécanismes de continence de l'estomac. En gros, le contenu de l'estomac remonte, et va dans les poumons ce qui est extrêmement grave. Quand l'estomac est vide (donc avec une sonde naso gastrique qui aspire le contenu gastrique) il n'y a plus de danger.
Mon interne réalise donc son erreur et perd ses moyens. Je parle avec elle pour qu'elle se reprenne et nous stabilisons tant bien que mal le patient qui finira par s'en sortir.

A 15 heures la "matinée" est terminée et je vais manger. A peine revenu, un de mes internes me demande de prendre le sac de réa et de le suivre en service de Gastro-Enterologie. Nous rentrons dans la chambre d'une patiente obèse ayant le plus grand mal à respirer. Son état est tellement critique que nous l'emmenons au pas de course dans notre chambre spécialisée qui accueille les patients en état grave. Nous regardons sa dernière radio et ma mâchoire se décroche. Son poumon gauche est entièrement rempli de liquide, son poumon droit à moitié. Je regarde mon interne et lui dit à demi mot "Comment peut-t-elle être encore vivante ?". Ayant de la bouteille il me répond sourire en coin "Elle a encore un poumon de valide non ?". A ce moment précis une déferlante de blouses blanches débarque, tous les internes et médecins du services viennent aider vu l'urgence vitale. Il est décidé de ponctionner la patiente, et mon interne s'y colle. Pour cela il doit percer la peau au niveau des côtes, arriver jusqu'au poumon, et passer un tuyau. Problème, la patiente et obèse, et il faut carrément creuser un tunnel. Deuxième problème, l'anesthésique local ne marche pas vraiment et c'est sous les hurlements de la patiente que l'interne creuse avec une large pointe métallique un chemin jusqu'au poumon gauche. Après 5 minutes de torture pour la pauvre femme, le drain est posé et le réceptacle relié à celui ci se remplit considérablement d'un liquide jaunâtre-sanguinolent. Combien de litres il y avait-t-il ??? J'hallucine littéralement, je ne suis pas le seul.

18 h arrive et ma garde commence en douceur avec quelques missions mais vers 00h00 ça se complique. Six patients arrivent à la suite et je dois faire leur entrée.
J'en fais 3 et attaque ma 4 ème, décontenancé par ce que je vois. Le patient avait serré extrêmement fort une corde autour de ses testicules et s'était pendu. Son scrotum était énorme à cause des œdèmes et je me pose une question ? Tentative de suicide au jeu sexuel ayant mal tourné ? Je n'aurais jamais la réponse.
Plus tard la famille d'un des patients arrive et j'assiste à la discussion avec le médecin dans une salle d’accueil. Ils sont dévastés, fondent en larmes quand ils entendent "dommages cérébraux mineurs" et n'écoutent pas la suite alors que les poumons sont gravement touchés et pourraient pour le coup causer la mort du patient. Je suis ému par le visage déformé par la douleur de la mère et sors troublé de la salle à la fin de l'entretien, finir mon travail.
Entre les patients à voir, les examens à leur faire passer, les électrocardiogrammes à faire, je me couche à 7h du matin pour me lever à 8h.
Complètement décalqué, je bois un café, fume une clope et me rend au staff de 8h30 pour présenter mes 6 patients dans une minuscule salle et cela devant une vingtaine de personnes. Je bafouille mais essaye de tenir le coup et c'est chancelant qu'une fois le staff fini, je rentre chez moi en me demandant si je vais me retenir de vomir ou pas, tellement je suis épuisé.

Ça a été dur mais j'ai avec cette expérience un peu plus grandi, gagné en maturité et force de caractère.

P.S : Je sors d'une garde de 28 heures et ça a encore été épique, je vous raconte ça prochainement.
111 points
Troisième jour. Je décide d'aller au bloc, c'est ma première fois. Je m'habille, rentre dans la salle et salue le chirurgien qui ne me répond pas. Le patient est endormi, l'opération ne va pas tarder et le chirurgien me fusille du regard. Il trouve qu'il y a trop de monde dans la salle et m'intime de sortir après m'avoir copieusement engueulé alors qu'on m'avait autorisé l'accès à la salle. Je sors hébété, retourne vers mon service mais croise en chemin une de mes collègues qui discute avec un médecin ma foi fort sympathique : Le chef de service de Parasitologie. Il nous propose enjoué comme un gamin de nous montrer sa collection de parasites et c'est ainsi que nous entrons dans la salle où trône le réfrigérateur abritant ses merveilles. Je jette un coup d’œil autour de moi et vois 3 internes tirant la gueule; pour cause, ils cherchaient des parasites dans des échantillons de merde...
Le frigo est ouvert, et je vois des dizaines de bocaux remplis de vers et autres bestioles sympathiques. Le médecin a les yeux qui brillent et nous montre fièrement chaque bocal en nous expliquant ce qui se trouve dedans. Je regarde du coin de l’œil, amusé, ma collègue qui pâlit de plus en plus.
Ce frigo des horreurs me remonte un peu le moral et je rentre chez moi le cœur un peu plus léger.

Quatrième jour. Je refuse de remplir ces putains de feuillets de statistiques et décide d'apprendre mon boulot en allant aux lits des patients. Ah, je précise qu'il n'y a toujours aucun médecin qui est venu nous voir. Je prends les dossiers médicaux et vais voir les patients mais vous devez savoir que le chef de service nous interdit de répondre au téléphone, d'aller voir les patients et d'écrire dans les dossiers médicaux. J'arrive dans une chambre d'une patiente séropositive au VIH et malheureusement au stade S.I.D.A, et je m'aperçois qu'elle a saigné. Je prends toutes les précautions nécessaires (masques, lunettes, gants, surblouse, charlotte) et je l'essuie avec un gant. Tout se passe bien, je parle un peu avec elle, finis mon tour et rentre chez moi.
Seulement, arrivé chez moi je constate avec horreur que j'ai une plaie sur la face antérieure de mon avant bras droit, et je réalise qu'une goutte de sang aurait pu très bien rentrer en contact avec. Je suis terrifié et m'empresse de faire toutes les analyses nécessaires après avoir tout raconté à un membre de ma famille médecin.
Je continue mon travail laborieux dans le service, et l'attente de mes résultats d'analyse est anxiogène au plus haut point. J'ai peur.

Cinquième jour. Je décide de ne plus aller en stage parce que je n'y apprend rien, qu'on ne peut rien faire et qu'on passe notre temps à se faire humilier.
Je préfère me consacrer à mes révisions.

Au final, sur les 5 semaines de stage, je n'y suis allé que 4 jours et j'ai eu la note de 20/20 alors qu'aucun médecin ne savait que j'étais là. Personne, je dis bien personne n'a remarqué mon absence, et le chef de service a validé mon stage sans même savoir qui j'étais et ça parce qu'il n'en avait rien à foutre.
Le jour où j'ai reçu mes résultats, j'ai eu la peur de ma vie quand j'ai tenu l'enveloppe dans ma main, et ça faisait quelques jours que j'avais un poids dans ma poitrine. Un étau qui serrait. Fort heureusement mes analyses étaient négatives, et je me suis écroulé de soulagement sur mon canapé.

102 points
L'odeur n'est plus un problème dorénavant, l’hyper-sudation et la crasse de la patiente en revanche... C'est simple, les électrodes ne collent pas !!! Je me démène, finis par accomplir ma mission et sors de la chambre en me promettant de l'esquiver autant que faire se peut.
A la sortie je me fais accoster par un couple de parents me disant que personne ne s'occupe de leur fils handicapé. La femme est clairement agacé, limite agressive, et je calme le jeu en leur indiquant que les infirmiers vont aller le voir.

Ça y est, j'ai fini de voir tous mes patients ! Je me dirige vers la salle de pause mais l'agitation à l'intérieur de l'une des chambres m'interpelle. Je m'approche et constate que la patiente occupant les lieux est en détresse hémodynamique et respiratoire. Ses antécédents et son motif d’hospitalisation orientent les médecins vers une origine cardiaque et une échographie trans-thoracique est réalisée. Je n'arrive pas à croire ce que je vois, et je ne suis pas le seul.
Il y a 300 ml de sang dans le péricarde (Membrane entourant le coeur, il n'y a pas de liquide entre les deux normalement. Le péricarde étant inextensible, le sang comprime le cœur, qui peut de moins en moins se contracter, et ça finit en arrêt cardiaque.) et c'est gigantesque. Le médecin envisage une ponction bien qu'il ne soit absolument pas formé pour ça, et me demande le dossier médical pour se documenter avant d'effectuer le geste. La patiente venait d'être transféré de l'étage d'en dessous et le dossier est introuvable. La tension monte clairement, et le médecin me crie d'aller chercher le dossier. Je dévale les escaliers, rentre dans le service et demande vivement à une infirmière où est le dossier. Elle en a rien à foutre et me répond mollement "Je ne sais pas..."
Le service est vide, personne n'est là pour me renseigner et je perds clairement patience. Je hurle le nom de l'externe du service qui sort paniquée d'une des chambres. Elle cherche activement le dossier, me le donne et une fois en main, je cours vers mon étage en manquant de faire tomber une femme d'un patient.

J'arrive dans la chambre, l'état de la patiente s'est clairement dégradé, le médecin regarde le dossier et commence la ponction. Dans le couloir je retombe sur le couple de parents qui maintenant m'engueule clairement parce que "personne n'est venu voir notre fils depuis 30 minutes". Je leur explique qu'une patiente à grandement besoin de l'attention du personnel et qu'il n'est pas disponible pour le moment. La mère me répond que c'est pas son problème, qu'elle exige de voir quelqu'un et là je perds mon calme et commence à m'engueuler avec elle. Mon interne passe, me dit de laisser tomber et de la suivre. Elle perd un peu ses moyens et face à l'urgence de la situation, décide d'appeler le SAMU pour transférer la patiente vers le pôle cardiologique de mon complexe hospitalier qui se situe plus loin. L'appel passé, elle appelle la cardiologie pour la prévenir de l'arrivée de la patiente, qui ne répond pas...4 fois. Ca répond à la 5 ème fois, mais le chef prenant les décisions n'est pas là. De longues minutes d'attente anxiogène qui aboutissent au refus du chef pour prendre la patiente. Nous appelons la chirurgie cardiaque, qui refuse à son tour et nous renvoie vers la cardiologie. Mon interne pète les plombs, rappelle la cardiologie et c'est le début d'une longue négociation à couteaux tirés. Je retourne voir la patiente, son péricarde est drainé, mais elle est en détresse vitale et a le plus grand mal à respirer. Tout est fait pour la stabiliser.
Mais que fait le SAMU ? Ça fait 30 minutes qu'on les a appelé et ils ne sont toujours pas là putain. On les rappelle, ils nous disent qu'ils arrivent. A mon départ du service le soir, la patiente n'était toujours pas partie et j'ai appris plus tard qu'elle fut accepté en cardiologie et qu'elle survécut. Sa bonne étoile...

P.S : Je sors de garde et j'ai pensé à vous les copains Chouals ! J'ai fait un choc électrique externe a un patient en arythmie cardiaque, ce qui l'a corrigé. J'ai vu un escarre de gland, et en gros le mec avait plus qu'une moitié de gland, l'autre ayant nécrosé. Pour finir je me suis fait engueuler par un papi anglais qui voulait que j'éteigne la "télé", télé qui était en faite le pc de sa chambre que j'utilisais pour checker ses bios. "Turn off the TV !!! DO YOU UNDERSTAND ??? TURN OFF THE TV !!!" Voila voila, des baisers.
128 points
Je sors et part fumer une clope pour me détendre et vais manger un morceau. En plein repas je suis de nouveau appelé, pour une suspicion d'infarctus mésentérique (en gros les intestins ne sont plus oxygénés) et je me rends au bloc. Je retrouve le chir' blagueur et l'opération débute. Les intestins du patient sont extrêmement inflammatoires à cause de sa maladie de Crohn et la situation devient compliquée. Le chef se crispe, commence à retourner les intestins et ce que nous voyons nous glace le sang. Il y a des cms et cms d'intestins morts et le pronostic vital s'en retrouve extrêmement engagé.
C'est ainsi que l'ablation de ces tissus morts commence, et plus l'opération avance, plus le chirurgien plaisante, il a compris qu'il ne pourrait rien faire, qu'il est impuissant, et l'humour est son seul moyen de protection à ce moment précis, face à l'horreur. Plus nous déroulons les mètres d'intestins, plus nous voyons de tissus nécrosés. Un moment une infirmière lâche d'une voix blanche ce que nous pensons tous : "Il va mourir cet homme...".
Nous enlevons tous les tissus morts, reconnectons en un seul "tuyau" ce qu'il reste d'intestins et refermons le patient.

Il est tard, 3h du matin, et je réalise que depuis le début de ma garde, je suis debout à piétiner depuis plus de 7h, sachant que j'avais déjà dans les pattes ma journée de travail qui avait commencé à 7h30. Je pense à aller me coucher quand l'interne vient me voir et me dit qu'on attend pour 4h du matin un P.M.O, un prélèvement multiple d'organe. J'attends en essayant de ne pas m'endormir et un professeur d'Urologie arrive. Il m'explique que le patient donneur d'organes qui arrive est mort, mais que son corps est maintenu perfusé par une machine pour conserver les organes jusqu'au prélèvement. Le patient est dans cet état depuis longtemps, trop longtemps, et c'est foutu pour prélever le cœur, le foie, les poumons, le...en faite seul les reins peuvent être prélevés et il est urgent de le faire. Les deux reins doivent être récupérés en moins de 2h00 et laissez moi vous dire que la tension est palpable et que tout le monde est sur les nerfs. Le professeur d'Urologie présent est l'un des seuls chirurgiens de son service à accepter de faire les P.M.O, les autres ne sont pas à l'aise avec l'idée d'opérer un patient mort. Même le chef de service a des réticences.
L'opération commence et je suis chargé de maintenir avec une vaginale (une sorte de spatule géante) les intestins vers l'arrière, et cela avec toute la force possible. Au bout d'1h30 le chirurgien virtuose finit de prélever les deux reins et je ne sens plus mes bras. Alors que je pensais aller me reposer, un interne vient me voir et me propose de prélever moi même les cornées du patient. Je m'approche de la tête du patient, ses yeux ont été préparés, ils sont grands ouverts et je commence à découper avec des minuscules ciseaux le tissu conjonctif recouvrant l’œil droit. Certainement l'expérience la plus troublante de ma jeune carrière. Je continue mon travail et finit par retirer la fine pellicule désirée et je constate qu'un œil humain sans cornée ressemble à un œil de poisson, vitreux en somme.

Cette fois ci ma garde est finie, je vais me changer dans le vestiaire un peu hébété par cette nuit de folie.
Je sors par la grande porte de l’hôpital, le soleil se lève, il est 7h. Avec un gigantesque sourire sur mon visage, je m'assois sur un banc et regarde ce magnifique lever de soleil en fumant une cigarette. Je suis épuisé mais je réalise que j'ai une véritable chance de faire ce que je fais et rentre chez moi le cœur léger.
123 points
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