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Razorbakk
644 points
11/04/2013
Quand je pense à la vieille anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary",
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie,

Quand je pense à la vieille anglaise,
J'envie les épaves englouties,
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays.

Ne m'appelez plus jamais "France".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans.
J'étais un géant, j'étais presque
Presqu'aussi fort que l'océan.

J'étais un bateau gigantesque.
J'emportais des milliers d'amants.

J'étais la France. Qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans.

Ne m'appelez plus jamais "France ".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

Quand je pense à la vieille anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary",
Je ne voudrais pas finir comme elle
Sur un quai de Californie.

Que le plus grand navire de guerre
Ait le courage de me couler,
Le cul tourné à Saint-Nazaire,
Pays breton où je suis né.

Ne m'appelez plus jamais "France".
La France elle m'a laissé tomber.
Ne m'appelez plus jamais "France".
C'est ma dernière volonté.

Médailles

Jour 2

Alors que je prends à peine mes marques dans mon nouvel environnement, mon interne et mes pairs font le tour du service sans moi et je regrette d'avoir été faxé ce foutu papier pendant ce temps là.
Mon premier patient (ma première entrée comprenons nous) fait irruption et je commence à potasser la paperasse avant d'aller à son encontre. Je saisis le document « Entrée Type » et jette un œil aux tâches qui me sont confiées. Je souligne à mon interne qu'on ne m'a jamais enseigné certains points (trop spécialisés) et que les livres les mentionnent à peine. Il n'a malheureusement pas le temps de me former et me demande d'y aller et de faire ce que je peux. Je m’exécute.


Jour 4

Ma blouse à moitié enfilée mon co-externe m'annonce que ma boss m'attend dans son bureau, je n'ai pas encore eu l'occasion de lui parler depuis le premier jour. Je frappe.

« Entre. »
« Bonjour. »
« ... »
10 secondes, 100 pour moi, passent. Elle décide enfin de poser son stylo et de me regarder.
- « Alors déjà on rentre pas dans la chambre d'un patient pour raconter sa vie, il s'en fout concrètement. La prochaine fois tu attends que je sois sorti. Deuxièmement, ton entrée ça va pas du tout. »
- « Oui à ce propos mon interne n'a pas encore eu le temps de me mon... »
« Oui oui nan mais écoute moi. Ça, ça va pas, ça non plus et toute cette partie là est à refaire. »
Je l'écoute en silence et commence à comprendre que quelque chose cloche. Jamais je ne me suis retrouvé au contact d'un médecin ayant un tel comportement. Je la boucle, essaye d'apaiser la situation et finis par dire lorsqu’elle se tait :

« Merci d'avoir regardé mon travail, je prends note de vos remarques et vais recommencer. Pourrais-je venir vous voir quand cela sera fait ? »
« Oui. Ah, une dernière chose. Ta blouse est propre ? »
« … Et bien oui, je l'ai faite laver vendredi dernier. »
« Ah ? La dernière fois je suis passé à côté de toi et ça sentait mauvais. »

Et merde, ce que je pressentais explosait à ma tronche. Elle était plus qu'hostile vis à vis de moi.
Je me refuse de montrer ne serait-ce qu'un signe de déstabilisation, clos rapidement la conversation et sors.

Soucieux.

Jour 8

Il me faudrait pas mal de doigts pour compter tous les jours qu'il me reste à passer dans la petite pièce miteuse qui sert de bureau commun aux petites mains du services (Les externes quoi !).
Alors plutôt que d'user d'une tronçonneuse, je m'arme de patience et de motivation pour que le temps file plus vite.
Et oui, cette première semaine ne s'est pas très bien passée. Mon interne ne m'a toujours rien expliqué, je me retrouve comme un escroc devant des malades qui auraient, je pense, espérés faire face à un praticien compétent. Alors j'improvise, je fais semblant, je stresse, j'ai honte.

Dépité je me dirige vers le bureau de ma boss revenue de son congrès, pour revoir avec elle sur son PC ma première entrée.

« Oui oui c'est bon j'ai validé. » me dit-t-elle sans un regard. Je sens que dois évacuer les lieux.

Un point positif dans cette journée ! Je vais constater de mes propres yeux la validation de mon travail sur l'ordi préhistorique des Externes.

20. Non. Seulement 15% de ma rédaction a été conservé, et bien sur la partie qui me fait défaut soit l'examen clinique spécialisé, a été entièrement réécrite. Cela fait une semaine que j'ai commencé mon nouveau stage et je ne sais toujours pas comment faire ce qu'on me demande.

Jour 15

2 semaines. La situation ne s'est clairement pas arrangé. J'ai compris que mon interne ne m'apprendrait pas quoi que ce soit et j'ai lâché l'affaire. Les visites séniorales bi-hebdomadaires me stressent de plus en plus. Elles durent à chaque fois entre 3 et 4 h et il y a systématiquement un moment où ma chef me fait passer un sale quart d'heure.

Arrêtons nous un peu sur elle. Quel personnalité fascinante. J'ai mis un peu de temps à comprendre qu'elle jouait la patronne sympa et accessible avec le personnel mais que la réalité était tout autre. Elle parle d'une voix basse, ne regarde quasiment jamais les gens dans les yeux, son sourire est carnassier et son rire crispé. Parfois sans crier gare et d'une voix voilée elle poignarde verbalement ses subordonnés comme ses patients qui restent cois, comme stupéfaits. Mais ces saillies sont brèves, semblent à l'impact anodines et le temps que l'on reprenne nos esprits, la doctoresse est déjà passée à un autre sujet. On en douterait presque qu'il se soit passé quoique ce soit.

Mes bonnes réponses sont récompensées par un visage inexpressif, les mauvaises ou mes lacunes par un discret rictus et de très longues secondes de silence. Silence qui ne sera jamais brisé par mes co-externe et interne qui baissent les yeux. J'encaisse les tacles plus ou moins violents et essaye de me justifier quand le reproche semble injuste. Quelle erreur.

Mon interne fait beaucoup de blagues pour faire rire le médecin mais se mure dans le silence les yeux rivés sur ses Converse quand elle est ne serait-ce qu'agacée. Les équipes para-médicales ne lui adressent la parole que pour parler des patients, et semblent faire abstraction de sa présence en dehors de ce cas précis. Elle n'hausse jamais la voix mais emploie un ton glacial, similaire à un échange de regard entre Catherine Deneuve et Carole Bouquet. Étrangement seul le deuxième année est épargné.

Je commence à avoir du mal à gérer.

J'essaye de passer le plus de temps possible en dehors de mon unité ; papiers à faxer, patient à aller chercher, rendez-vous à prendre, tout est bon pour fuir cet enfer. Je n'ai malheureusement pas accès aux consultations externes, mon interne vient de me refuser pour la troisième fois leur accès pour des motifs mensongers. Parmi eux, le fait qu'il y ait « beaucoup de choses à faire » dans mon secteur. Sauf que c'est faux. Mon interne lui, cavale à longueur de journée dans 3 unités différentes à cause du manque d'effectif et souvent ses cernes la précèdent quand elle fait son entrée. Moi ? Je me tourne la plupart du temps les pouces, les entrées sont rares, mon interne se montre en coup de vent, ma chef n'est quasiment jamais là et mon travail d'externe est trop rapidement bouclé.

Jour 29

Je dors mal, je commence à craquer nerveusement. Chaque visite est un calvaire, on me reproche systématiquement mes lacunes à propos de l'examen clinique spécifique alors que personne ne prend le temps de me l'expliquer malgré mes demandes incessantes. Je travaille chez moi, regarde des vidéos pour comprendre mais je saisis à présent l’abîme qui existe entre la théorie et la pratique. Je me ballade avec mes fiches pour faire au mieux mais c'est malheureusement insuffisant.


Jour 31

Pour la 5 ème fois on me refuse l'accès aux consultations externes et j'attends déboussolé que le temps passe sur ma chaise de bureau, seul encore une fois, mon co-externe lui peut y assister. J'appréhende intensément la visite du lendemain, je me dois de rester concentré au maximum durant toute sa durée, me faisant systématiquement taclé au moins une fois par mon boss. Que ce soit dans les 5 premières ou dernières minutes, le couperet tombe inéluctablement et son anticipation m'épuise psychologiquement.

Jour 32

Le cours matinal me permet d'échapper à une partie de la visite anxiogène, et à la fin de celui-ci je m'empresse de me rendre dans mon unité, mon co-externe sur mes pas. Lilith est dans la chambre d'un patient, je frappe, rentre, m'excuse et salue l'assemblée. 10 minutes plus tard nous ressortons et à peine la porte claquée le médecin assène glaciale à mon encontre :
« Quand on arrive en retard on la joue discret et on ne sort pas un tonitruant Bonjour. »
Je suis estomaché, sans voix. A peine le temps d'encaisser elle lève la tête de son dossier et me lance agressivement d'un regard glacial ;
« C'est compris ?!? »

C'en est trop, j'ai atteins mes limites. J'attends débordant de rage la fin de mon calvaire et réfléchis en silence à ce que je vais faire. Quand le dernier patient est vu nous retournons mon interne, mon co-externe, le deuxième année et moi dans notre bureau.
Je m'assois et leur annonce :

« Je dois vous parler. Je ne supporte plus la situation avec la chef, je n'ai pas fait médecine pour m'en prendre plein la gueule. Je suis là pour apprendre et ça fait 1 mois que ça n'est pas le cas. Je vais voir le chef de service, lui faire part de tout ce qu'il s'est passé et je pars. »
Mon interne et mon co-externe essaye de me faire renoncer de manière ferme et solennelle. « Tu sais elle est pas méchante, elle est maladroite parfois mais ne le prend pas pour toi. » « Tu ne peux pas quitter un stage pour ça, franchement je trouve ça exagéré. »

Je tiens bon malgré la pression exercée et devant ma détermination, leur attitude change et ils semblent paniqués. Mon interne me demande pourquoi je ne vais pas en parler à la principale intéressée, (je dois vraiment l'expliquer ...
50 points
ACTE 3 : L'après-midi même elle revient me voir alors que je travaille dans mon local avec un co-externe. Le sourire mauvais et l’œil brillant, elle est fière de me dire qu'elle connait ma mère, sa profession et son lieu d'exercice. Je vois clairement qu'elle essaye de me déstabiliser et je ne bouge pas d'un cil.
Elle revient sur l'incident du matin et réécrit l'histoire, j'ai été agressif, méprisant, je suis allé trop loin blablabla. Elle déclare aigrie "tout le monde n'a pas eu la chance de réussir Médecine" et essaye de me faire peur en rappelant que je suis convoqué dans quelques jours.
Seulement elle devient blême quand je lui explique que j'ai également pris rendez-vous, et tente de me dissuader. Voyant que ça ne marche pas, elle sort son dernier atout, le regard cruel :
- "Tu sais je connais bien ta mère et ton père."

Sauf que mon père est décédé.

Furieux, je parviens à conserver mon calme et lui répond :
-"Je ne vous permets pas de parler de ma vie privée, encore moins devant un de mes collègues."
Sur ce, elle quitte les lieux, et je débriefe avec mon co-externe, effaré de ce qu'il a entendu. Alors qu'il parle je ne l'écoute déjà plus, envahi d'une rage sans nom, elle a osé m'attaquer là où ça fait le plus mal.
Je décide de sortir du bâtiment pour appeler ma mère et aller à la pêche aux infos. Elle me confirme qu'elle connait la cadre, qu'elle a connu mon père et sait pertinemment qu'il est décédé.

"Tu sais je connais bien ta mère et ton père." La phrase est au présent.

ACTE 4 : Ça y est, c'est le jour de ma convocation. J'attends devant le bureau de la chef de service, prêt à en découdre. Au bout de 5 minutes elle arrive, la cadre de santé sur ses talons... Le début d'entretien est laborieux, elle me coupe la parole tout le temps, semble énervée, m'explique qu'elle "a peur" du pouvoir infirmier et que même elle doit faire attention. Petit plus, la cadre de santé lui a envoyé des mails le week-end pour lui donner sa version des faits, je pars ainsi avec un train de retard. Cependant tout change quand je lui parle de l'évocation de mon père, et à ce moment précis elle m'écoute religieusement.
A la fin de mon récit, elle me dit que la Doyenne et le Vice-Doyen de la fac sont au courant, et me demandent de m'excuser. Ce que je refuse. Sa réponse ?
- "Alors tu vas au devant des emmerdes."

Je sors de l’hôpital et appelle une connaissance faisant parti du conseil d'administration pour être conseillé :
- "A l’hôpital il y a trois pouvoirs : infirmier, médical et administratif. Le pouvoir médical s'est considérablement affaibli ces dernières décennies contrairement au pouvoir infirmier, et l'administration se régale de ce conflit qui est tout à son avantage. Les médecins prennent des pincettes dès qu'il y a un conflit avec les infirmières, et les chefs de service refusent de se mouiller dorénavant. Je te conseille de t'excuser pour la blouse MAIS en retour elle doit s'excuser pour ton père. Tu es gagnant dans l'histoire, je peux te garantir que ça va lui coûter de reconnaître ses torts."
Souriant et confiant je rentre chez moi.

ACTE 5 : Le lendemain je vais voir la chef de service et lui expose mes conditions :
- "J'accepte de m'excuser pour la blouse si elle s'excuse pour mon père et je tiens à ce que vous soyez présente à ce moment là, parce que je n'ai aucune confiance en Mme X."
Agacée elle acquiesce.

Alors que j'attends l'ascenseur, un homme marche vers moi et me demande l'air soucieux si ça va. Je comprends tout de suite qu'il est au courant de l'histoire. Il me dit alors qu'on pénètre dans l'habitacle :
-"Je suis au courant de ce qu'il s'est passé, comme tout les médecins d'ailleurs. Deux d'entre eux te soutiennent ainsi que moi."
Je ne sais pas qui est cette personne, et lui demande étonné :
-" Je vous remercie, on peut en parler dans votre bureau ?"
Je le suis, il sort son trousseau de clés et ouvre une porte où est indiqué sur l'écriteau "Cadre supérieur de santé."
Je suis juste estomaqué, c'est le chef des cadres de santé.

Il prend la parole :
- "On m'a fait part du problème et j'ai été plus qu'énervé que Madame X dérange la chef de service pour des conneries au lieu de venir me voir. Elle a déjà des points noirs dans son dossier et je suis allé lui demander des explications. Quand je suis rentré dans son bureau, ma blouse était ouverte et je lui ai demandé si ça la dérangeait. Le reste de l'entretien a été musclé, tu peux me croire.
Je te tutoie parce que tu as l'âge de mon fils et il est hors de question que ton stage se passe mal. Tes études sont déjà suffisamment dures alors pense à toi, et ne t'inquiète pas tu n'auras plus de problèmes avec elle."

Très surpris et pris d'un rire nerveux je lui réponds :
- "Excusez moi, j'ai un rire nerveux parce que j'ai du mal à croire après ce qu'il s'est passé qu'on puisse parler calmement dans un respect mutuel. Pour moi ça devrait toujours se passer comme ça."

Il acquiesce et 10 minutes plus tard je sors du bureau, un sourire indélébile gravé sur mon visage.

ACTE 6 : Je revois le lendemain la cadre de santé qui a complètement changé de comportement. Elle est maintenant mielleuse, me vouvoie, est aux petits soins.
C'est tellement trop, qu'elle arrive à me gêner !!! Seulement, quand on prend l'ascenseur tous les deux, un silence glacial me fait vite comprendre que c'est une pâle façade.

ÉPILOGUE : Le reste de mon stage s'est passé sans encombres et j'ai appris récemment qu'elle avait fait un virage à 180°vis à vis de sa manière de s'exprimer aux autres.
Elle était odieuse avec ses infirmières, j'ai assisté à des scènes révoltantes, et le fait que je m'oppose à elle a ouvert la voie aux autres.

J'en suis fier.
55 points
Alors que je fixe la patiente, j'ouvre grand les yeux quand je la vois...enlever ses cheveux. La jeune fille a une pelade (zones du crâne sans cheveux) et la dissimule avec une perruque plus vraie que vraie. C'est incroyable, l'accessoire est composé de véritables cheveux, et je mets au défi quiconque de déceler la supercherie. Je l'aime bien cette gamine, elle a toujours le sourire, vient d'achever sa 70ème séance de photothérapie sans sourciller et affronte cette putain d'injustice la tête haute. A la fin de l'entretien je lui sers la main et c'est d'excellente humeur que j'attends le deuxième nom sur la liste.

C'est un jeune homme qui franchit la porte, accompagné de son grand frère et de sa mère. Une fois déshabillé je fais rapidement le diagnostic : dermatite atopique. Je commence à me dire que l'entrevue va être courte, seulement un détail attire mon attention. La mère n'a pas dit un mot.
Et c'est là où tout se complique car rapidement le grand frère de 13 ans nous explique que la mère ne parle pas un mot de français, contrairement à lui et son petit frère. Un long travail de traduction commence pour cet adolescent qui doit porter sur ses jeunes épaules la responsabilité de la transmission exacte des propos du médecin à sa mère.
Je suis furax. La mère préfère laisser son enfant à peine sorti de l'enfance gérer une affaire d'adulte, plutôt que d'apprendre la langue du pays dans lequel elle vit depuis 15 ans.
J'ai de la peine en regardant ce jeune homme mal à l'aise se dépatouiller pour traduire les mots de mon chef, des mots parfois compliqués qui ne sont pas à la portée d'un môme de 13 ans.
Dégouté par cette parodie de médecine, j'ai hâte de passer au prochain malade.

Un homme de 65 ans franchit la porte, et une fois la porte fermée et son pantalon baissée sur la table d'examen, je me dis que décidément les MST ont encore des beaux jours devant elles.
Une fois rhabillé, on lui donne un rendez-vous de contrôle ultérieur, et il tient tout à coup des étranges propos :
- "Je voulais vous prévenir, je pense que vous allez peut-être avoir du mal à me reconnaître la prochaine fois."
- "...C'est à dire ?"
- "Et bien...euh...."
- "Dites nous Monsieur, il n'y a pas de problèmes."
- "...Et bien je vais faire une hormonothérapie pour changer de sexe et devenir une femme. Je compte également faire une vaginoplastie et devenir Mélanie."
Ah ok je comprends mieux la gourmette Mélanie du coup. Bref, reprenons.
- "Ah d'accord très bien Monsieur."
- "Je vous dis ça car je compte venir en robe et en perruque la prochaine fois."
- "Pas de soucis Monsieur."
- "J'ai une question, est-ce que je peux transmettre ma MST via mes godes ? Et est-ce que je peux les mettre au lave-vaisselle pour éviter ça ?"
- "... Alors oui pour la première question, et pour la deuxième je n'en sais rien du tout."
Le patient/e sort et je regarde mon chef incrédule :
- "Euh...il vient de se passer quoi ?"
- "Alors là..."

Quelques patients plus tard la consultation se termine avec 1h30 d'avance, 6 patients ne se sont pas présentés. Petit détail, la liste d'attente pour un rendez-vous à un délai de 8 mois...
58 points
Étant jeune et pas encore médecin (je ne représente donc pas une figure d'autorité), une pédiatre suggère à l'assemblée de me laisser m'entretenir avec lui pour essayer d'établir un lien. Mon interne s'y oppose car il craint qu'il m'atteigne, me fasse du mal et d'un air décidé je le rassure en lui disant que je serai prudent et sur mes gardes. Après de nombreuses recommandations des participants me disant notamment de ne lui donner aucune information sur moi, je pars manger et en profite pour préparer ma stratégie d'attaque.

Vu mon passé et ce que j'ai enduré, ça n'est pas un gamin de 11 ans qui va me déstabiliser.

Juste avant de rentrer dans sa chambre, je prends une feuille de papier que je plie et dispose dans la pochette de ma blouse afin de cacher l'étiquette indiquant mon prénom, mon nom, et mon année d'étude. Je pénètre la pièce, me présente, et sans un regard il me parle en me tutoyant pour me provoquer. Il regarde un film sur son pc portable et ne semble pas se soucier de ma présence.
Je mets en place mon plan : je décide de jouer le mec sympa rigolant facilement pour qu'il baisse la garde, je me positionne comme un soignant sans statut abordable mais pas le bon pote. Il connait tous les protocoles d'approche des psychiatres vu qu'il en a vu des dizaines et vu que je suis inexpérimenté en la matière, je décide d'utiliser mon point faible comme un avantage. Il ne me verra pas venir, il ne pourra pas anticiper mes questions et naviguera donc en terre inconnue. J'ai récolté des informations sur lui en épluchant tous ses dossiers médicaux, j'ai parlé avec chaque personne du service l'ayant approché, je connais ses passions, ses centres d'intérêts, ses loisirs, ses peurs, ses angoisses, ses techniques de manipulation, d'intimidation, de déstabilisation.
Avant même d'ouvrir la bouche, je sais déjà où je vais.
Je décide donc de le lancer sur son domaine fétiche, l'informatique, en posant des questions d'un air candide. Il répond par monosyllabes d'un ton méprisant voir agressif, sans un regard, concentré sur son écran et pour attirer son attention je le mitraille de questions préparés à l'avance en riant innocemment et en le flattant. Les minutes passent, et je tiens bon malgré mes maigres résultats. Ça n'est qu'en abordant le piratage informatique que j'obtiens ma première victoire : ses réponses sont un peu plus longues et il me jette un regard de temps en temps.

Il me parle de ses faits d'armes (avérés) de hacker et je demeure impassible malgré son récit. Il a infiltré de nombreux PC pour voler des informations ou les transformer en zombies à sa botte, il a fait crasher des serveurs de grosses compagnies pour s'amuser, il a harcelé des internautes lui ayant manqué de respect, a utilisé des lignes de codes pour tricher aux jeux en ligne etc... A part ça il a exploré le deep web qu'il "connait bien", gagne des milliers d'euros par mois en traitant avec des sociétés qui utilisent ses services (elles ne savent pas que c'est un enfant), et connait parfaitement le fonctionnement des ordinateurs qu'il aime démonter et remonter pour le fun.
Le temps passe et je gagne progressivement son attention, il a coupé le son de l'ordinateur, me regarde, me répond longuement, souri puis rigole. Sentant le poisson ferré, je coupe l'entretien pour garder le contrôle et lui dit que je vais y aller pour le laisser tranquille avec mes questions. Il me répond que le film est fini, je comprends qu'il souhaite que je reste et c'est pour cela que je le quitte en lui précisant que je suis là pour l'aider et que je suis disponible pour lui s'il a besoin de parler.

Une fois dehors je souffle et raconte ce qu'il s'est passé à mes collègues : la première approche s'est bien passée et c'est une bonne base pour commencer à construire une relation de confiance.
Suite à cette entrevue, d'autres se sont succédées et un travail thérapeutique a pu s'enclencher. Pour respecter le secret médical je ne donnerai pas de détails sur son évolution, mais à sa sortie il allait un peu mieux mais restait quand même sacrément perturbé.

P.S : Le livre est fini, je le relis maintenant avec mes amis pour corriger éventuellement certains mots, tournures de phrases, fautes, et mises en pages. C'est un travail long et fastidieux mais je m'y attèle.

P.S 2 : Merci pour tous vos messages sur ma dernière péripétie, ça m'a vraiment touché. Ne sachant que répondre j'ai préféré m’abstenir, mais sachez que je vous remercie sincèrement.
66 points
@ChilliconCarn: Oh mon dieu, un imposteur s'est installé dans mon appart', a pris ma place à l'hôpital, couche avec ma copine, se fait passer pour moi sur Choualbox !
59 points
Dis lui que t'as poney dans 6 jours et il sera bien baisé !
97 points
@OverBull: Tu travailles à Activision ou je me trompe ?
80 points
@Tentacul: Nope j'ai préféré la ptite trisomique !
86 points
Dans un service les médecins sont tous les mêmes : les blouses blanches, et les patients également : les tuniques bleues. Résumé grossier ? En effet, mais pas tellement, il y a objectivement deux groupes qui ont deux ressentis différents et qui ne connaissent pas celui de l'autre. J'ai pu le constater quand un pneumologue a été hospitalisé dans mon service. Au début quand il avait encore ses vêtements de ville, il était neutre, étranger au service bien que médecin. Il était souriant, rigolard, avenant et cela a commencé a changé quand il a enfilé sa fameuse tunique bleue. Ça y est, il était devenu un patient et était traité comme tous les autres. Il a ainsi pu découvrir que son vêtement ne fermait pas derrière et que ses fesses étaient dévoilées, que lors d'un examen clinique on pouvait voir ses parties génitales, qu'on lui posait des questions intimes sur son transit et sa miction, que n'importe qui pouvait rentrer à tout moment bien qu'il soit nu ou sur la chaise percée en train de faire son numéro deux. Très vite j'ai vu dans son attitude qu'il avait compris ce que vivait les patients, et que même si pour nous la nudité est banale, elle reste toujours gênante pour les patients.
76 points
Je me dirige maintenant vers la consultation d'Oncologie. La première patiente et son mari rentrent dans la salle, visages crispés. A peine assis, le mari caresse le dos de sa femme, et je comprends que la situation est grave. La patiente a la quarantaine, 3 enfants, travaille dans une association caritative et semble être une personne délicieuse. On lui a diagnostiqué il y a un an un cancer du sein, elle a subi une chimiothérapie, une radiothérapie, une hormonothérapie, une thérapie génique, et on lui a entièrement enlevé le sein malade. La cicatrice est à peine perceptible, et on a du mal à croire qu'il y avait un sein tellement la peau est lisse et sans relief. Le médecin fait l'annonce, le cancer a récidivé et il y a des métastases osseuses. La patiente et son mari encaisse la nouvelle, contrairement à moi qui a la gorge nouée. Je suis envahi par une tristesse indescriptible, je ne comprends pas pourquoi. La patiente tient le coup jusqu'à ce que le médecin lui annonce qu'elle va devoir recommencer une chimiothérapie. Elle pleure toutes les larmes de son corps, est inconsolable malgré les baisers et câlins de son mari qui essaye de ne pas perdre pied. Moi je constate impuissant qu'une sorte d'étau me broie la gorge, que les larmes mouillent mes yeux, et qu'une peine infinie me dévore. J'ai du mal à reprendre le contrôle, à reprendre mes esprits, et en voyant la force du mari, le stoïcisme du médecin, je me dis que je n'ai pas le droit de pleurer, et que je dois tenir le coup pour la pauvre femme. Je me concentre de toutes mes forces pour ne pas pleurer, et je tiens le coup avec difficulté, surtout quand le mari finit par craquer...

La consultation est finie, je suis mal, très mal. Le médecin voit que ça ne va pas et prend le temps de parler avec moi. Je sors fumer une cigarette et je reste debout, immobile, les yeux dans le vague, hanté par les pleurs et le futur de la patiente. Je remonte dans mon service, et déambule dans les couloirs comme un zombie, perturbé. Je n'arrive pas à me concentrer. On me charge de faire un électrocardiogramme, j'entre dans la chambre de la patiente qui est squelettique, abrutie par les anti-douleur, elle a pris 20 ans avec sa maladie et la chimio n'a épargné que quelques cheveux qui sont éparpillés sur son crâne lisse. Je suis dans un état second.

Habituellement quand je quitte l'hôpital, j'y laisse les horreurs que j'y ai vu et rentre l'esprit tranquille, mais pas cette fois-ci. Des morts ou des annonces de mort prochaine, j'en ai vu des paquets, mais ça concernait le plus souvent des personnes âgées. Si j'ai aussi mal vécu cette consultation, c'est parce que la patiente était une jeune mère de famille et que pour une fois les mauvaises nouvelles étaient adressées à la personne concernée, et non à la famille.

Même si la soirée que j'ai fait le soir même m'a remis sur pieds et fait passer à autre chose, je me demande si je serais assez fort dans l'avenir pour tenir le coup.
71 points
L'après-midi un médecin vient me voir et m'explique que toute l'équipe de l'unité va bientôt être mobilisée. Le patient qui arrive est alcoolique/toxicomane, et a passé le week-end en cure de désintox'. Le matin même, il est rentré chez lui, s'est fait un cocktail d'alcool/neuroleptiques pour se défoncer et a fini en arrêt cardiaque.
Le massage cardiaque a été débuté plus de 5 minutes après l'arrêt cardiaque, et ça fait 1h qu'il est massé par les ambulanciers qui l'amène. En gros il vient dans notre service pour qu'on fasse le constat de décès et qu'il file fissa au bloc pour le prélèvement d'organes. A son arrivée, il est massé depuis 1h15 (...) par cette machine https://www.youtube.com/watch?v=McDSxfwZAhE et croyez moi que c'est impressionnant à voir et à entendre. Tout le monde s'active : Les infirmières lui posent un cathéter à chaque avant bras, les médecins font un examen clinique, les aides soignant rasent son pubis pour préparer la pose d'une circulation extra corporelle vu que le cœur est HS, et moi je me débrouille comme je peux pour poser les électrodes d'ECG, en me frayant un chemin dans tout ce bazar. Ma mission ? Faire un électrocardiogramme continu pendant 5 minutes quand la machine qui masse est arrêtée, afin de voir si il y a un signal électrique et un pouls spontanés. Si ça n'est pas le cas, cela signifie qu'il est cliniquement mort. Je m’exécute et écarquille les yeux quand dans la dernière minute, un signal électrique apparait. Tout le monde hallucine, les médecins ne savent pas quoi faire, car bien que le patient soit foutu, on ne peut pas prélever ses organes si un signal électrique demeure, c'est illégal. Je refais un ECG qui restera définitivement plat cette fois-ci. Le patient est mort.

La famille est arrivée, le médecin va les voir dans une salle d’accueil pour leur annoncer la nouvelle. Il ressort et me dit que la salle empestait l'alcool et le tabac. Il est 16h.

Trois patients, trois contextes sociaux compliqués, trois destins tragiques.
90 points
Je regarde mon interne furax partir au loin, et vois arriver un mes co-externes qui ne semble pas aller bien. Il m'explique qu'un patient qu'il apprécie va mourir dans l'heure et en regardant ses constantes vitales sur le pc, je m’aperçois que c'est malheureusement vrai. Les doses de drogues pour maintenir le tonus de ses vaisseaux sanguins sont gigantissimes et pourtant inefficaces, et son cœur bat à 20 battements/minute.
Je sens que la mort est imminente et dis à mon pote de partir tout de suite, je vais m’occuper du décès.
30 minutes plus tard son cœur s'arrête, et je le vois étendu sur son lit, les yeux grands ouverts, immobile et je constate que la vision de la mort ne me fait strictement plus rien. On s'active dans sa chambre pour lui retirer ses poches gastriques,urinaires et autres dispositifs, et il faut du coup recoudre une plaie circulaire de 30 centimètres de long, et large à certains endroits de 10 centimètres. Je m'y colle et éprouve les plus grands difficultés pour faire mon travail, le fil qu'on m'a fourni est réservé aux sutures superficielles et casse tout le temps. Je m'active dans une salle surchauffée, des filets de sueur coulent de l'intérieur de mes gants, mes mains sont blessées par le fil tellement je dois serrer fort pour que ça tienne, les infirmières me mettent la pression pour que je finisse vite car la famille attend. Je finis déshydraté mais la plaie est entièrement suturée !

Déshydraté mais aussi affamé car il est déjà 20h, ma garde a commencé à 18h00. Nous allons manger avec mon chef et mon interne et la soirée se passe plutôt bien. Bien évidemment nous sommes appelés quand nous nous apprêtons à dormir, et la tête dans le sac je me dirige avec mon interne vers les urgences.
J'en ai vu des trucs hallucinants aux urgences ou à l’hôpital en général, mais là... Dans un lit miteux, je vois un vieux monsieur ayant les plus grandes difficultés à respirer, car ses intestins sont bouchés et leur contenu est remonté jusqu'à la gorge pour finir dans les poumons. Mon interne estime qu'il a entre 500 ml et 1 litre de merde dans les poumons. Mon interne donne les instructions aux internes des urgences, il faut intuber le patient. Au moment où il dit ça, un filet de merde coule le long de la bouche du pauvre homme et nous nous décidons de vite l'intuber. Problème : L'interne qui l'intube n'est pas douée et j'ai peur qu'elle lui arrache au sens littéral la tête, les infirmières n'ont pas le médicament pour l'anesthésier, nous sommes obliger de leur amener de notre service, elles ne savent pas comment le diluer pour l'injecter, et la machine pour ventiler le patient n'est pas prête au moment où le patient a le tuyau dans les poumons...
Je vois un orage se former progressivement dans les yeux de mon interne qui reste silencieux, et observe cette mascarade d'amateurs. L'intubation est terminée, je pars fumer une clope avec mon ainé qui fulmine et nous nous demandons si nous allons avoir des mauvaises nouvelles du patient dans la nuit.

Le lendemain matin j'ai eu le plaisir d'apprendre qu'il avait survécu.

P.S : Hey ! Et de 20 péripéties les amis ! Je ne pensais pas en faire autant, mais vos retours et commentaires m'ont vraiment motivé à continuer et à essayer d'améliorer mon style et ma narration.
Je sors de partiels aujourd'hui même et dois en préparer un énorme pour dans quelques semaines donc je serais pas mal occupé. Cependant j'avais prévu le coup, et j'ai écris quelques péripéties d'avance. Voila voila des baisers !
71 points
A la pause repas, elle ne m'adresse pas la parole et les deux aides soignantes qui m'avaient aidé la veille me demande ma profession. Et c'est à partir du moment où j'ai dit "Médecine" qu'elles m'ont plus du tout calculé.
Nous retournons au travail et nouveau conflit avec mon binôme. Elle me demande de faire pisser une vieille dame dans le couloir bondé, ce que je refuse bien évidemment sachant qu'on peut la mettre dans une chambre le temps qu'elle fasse son affaire. Je lui tiens tête, elle est furieuse. Je la vois aller parler avec les deux aides soignantes et je comprends que je vais en baver.
Les 3 commencent à s'acharner sur moi, me reprochant 1000 et une chose, je tiens bon et reste souriant pour les emmerder.
Seulement quelques jours plus tard la responsable des urgences vient me voir pour me dire que je suis affecté aux brancardages, les 3 s'étaient arrangées pour me faire dégager.

Quelques semaines après la fin de mon emploi, je reçois mon évaluation ultra négative qui m'indique que je ne pourrais plus travailler à l’hôpital l'été. Furieux je décide de prendre rendez-vous avec la cadre de santé et je fais le point avec elle. Je lui fais part de mes notes de stage, et l'invite à contacter les chefs des services où je suis passé récemment. Je vide mon sac sans citer aucun nom et non seulement elle s'excuse, mais elle me réhabilite également. Elle m'explique QU'AUCUN étudiant en médecine n'a validé son emploi cet été là parce qu'on s'était fait massacrés par les équipes para-médicales.
Plus tard j'ai appris avec un plaisir non dissimulé que mon binôme s'est fait viré et que les équipes s'étaient faites engueulées.

Quelques mois plus tard je retourne aux urgences mais avec ma blouse d'externe cette fois-ci. Je croise une des deux aides soignantes qui bloque sur ma blouse et mon stétho et me fait un grand sourire en me demandant comment ça va. Froid je lui réponds à peine et trace ma route en pensant à ce qui se passerait si on venait à travailler de nouveau ensemble...
#FranckUnderwood
88 points
Mais c'est que c'est bien fait !
71 points
Le mec prend le couteau
Vérification si la box n'est pas dans le groupe gore
Ouf...
65 points
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